L'Ange ivre - Akira Kurosawa

L'Ange ivre - Akira KurosawaUn jeune caïd local, atteint de tuberculose, n'a d'autre choix que de se laisser soigner par un médecin alcoolique. Pris entre la fierté, la peur et le code d'honneur des Yakuzas, ils tentent de ne pas sombrer dans leur société malade...
Un long travelling nous plonge dans la semi obscurité des bas fonds de Tokyo, où une communauté vit autour d'un marécage nauséabond et bouillonnant, symbole d'un microcosme pollué dans toutes ses couches par la guerre. La pellicule, qui accuse l'âge, rajoute un grain particulier à l'atmosphère de ce drame poétique. Le 7è du cinéaste, il est considéré comme sa première œuvre personnelle, artistiquement son premier "grand film".
Il y met en scène une constante de son cinéma : la relation entre deux personnages opposés, qu'il place au cœur du film. Au fil de l'évolution du rapport de force, qui se transforme aussi en relation paternelle, Kurosawa tisse le réalisme de son tableau, recherchant la vérité des rapports sociaux de l'époque. Il construit une atmosphère mélancolique et violente. N'hésitant pas à être acerbe dans la critique, il évoque la condition des femmes et se moque de la mafia japonaise. Il distille habilement le paradoxe d'une société culturellement influencée par l'ex-ennemi américain, dont le boggie résonne dans les cabarets où le crime fait la fête; alors que la putréfaction et la maladie règnent dans la rue. "Les bacilles sont partout" lance le docteur, dans une allusion qui sonne au propre comme au figuré.
C'est aussi la première collaboration entre Toshiro Mifune et le réalisateur. Le jeune premier n'est pas encore le roc qu'il allait devenir par la suite. Mais déjà il fait la démonstration d'une puissance certaine dans cette incarnation de jeune voyou à la fois fier et désemparé. A propos de lui Kurosawa dira : "...j'ai découvert que je ne pouvais pas contrôler Mifune. Quand je m'en suis rendu compte, je l'ai laissé faire ce qu'il voulait, lui laissant jouer le rôle librement. En même temps, j'étais inquiet parce que, si je ne le contrôlais pas, le film serait assez différent de ce que je voulais. C'était un vrai dilemme. Cependant, je ne voulais pas amoindrir sa vitalité. A la fin, même si le titre fait référence au médecin, c'est de Mifune dont tout le monde se souvient". On confirme, en rajoutant que la prestation de Takashi Shimura, dans le rôle du médecin, est elle aussi d'une très grande qualité.
Pour l'anecdote, les décors du film ont été récupérés d'une œuvre précédente, Le Nouvel âge des fous (1947) de Kajiro Yamamoto. Ils ont été réaménagés, les studios trouvant regrettable de les détruire au lieu de les exploiter davantage. C'est donc là que l'action se déroule, avec une musique jouant le contrepoint de l'image, et notamment un accord de guitare mélancolique ponctuant les scènes dans un style qui n'est pas sans rappeler celui du théâtre Kabuki.
Le film y fut justement adapté par Kurosawa lui-même, malgré un succès historique dans un contexte où le cinéma japonais devait affronter une crise sérieuse, gelant tous les salaires. Shimura et Mifune, s'agissant d'un baptême pour ce dernier, reprirent donc leurs rôles sur les planches, dans une pièce qui connut elle aussi le succès.
L'Ange ivre - Akira Kurosawa
Wild Side
Prix Annoncé : 24,99 €


DVD 1
Le film

DVD 2
Akira Kurosawa contre Toshiro Mifune
Interviews du cinéaste et des différents intervenants techniques (décorateurs, musiciens) nous permettant de mieux cerner la genèse du film. On y découvre aussi les dessous de la rencontre entre Kurosawa et Mifune, ainsi que des éléments biographiques concernant ce dernier.
Entretien avec Jean Douchet
Présentation et analyse qui vient compléter le premier sujet, et explique en quoi il est à retenir comme le premier grand film de Kurosawa sur le plan artistique.
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