Million dollar baby, mon inconnue
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- Category: Portraits
- Created: 12 juillet 2005
Il est des gens pour qui l'écriture est naturelle, facile, coulante comme un milk-shake à la saveur du quotidien. Ces talents, autrefois confinés dans les journaux intimes, noircissent des milliers de pages internet, se révélant enfin au grand public. Or, la Factory a trouvé une perle dans l'huître : Million_dollar_baby. Depuis le 3 octobre 2004, elle nous livre sa fièvre de l’écriture dans son blog et c'est avec bonheur que nous partageons les moments intenses de sa vie qu'elle veut bien nous conter.
Polly Brown
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- Category: Portraits
- Created: 27 février 2005
« Francis !!! » Lorsque j'ouvris la porte Polly, sautillante et gaie, me fit spontanément la bise. « Tu vois, j'ai fait un effort vestimentaire ! » C'est ainsi que je l'aimais le plus : une rage de vivre invincible, presque palpable, une bonne humeur à tout fracasser sur son passage. Elle ôta son élégante veste à rayures et s'installa dans le canapé, très droite, sans me regarder, de sorte que je ne voyais de Polly que son profil racé. Très mince, aérienne, suprême, une fée vraiment, dont les cheveux noués mettaient en valeur son beau visage d'ange bleu, des airs de Marlène Dietrich amaigrie trahissant les origines allemandes de son père.
« Je te préviens je suis toujours en retard ! » Nous avions rendez-vous vers 18h30 et ne m'impatientai pas outre-mesure. Peu avant 20h, je commençai toutefois à montrer quelques signes d'inquiétude lorsque le téléphone sonna. « C'est Laurie ! je me suis trompée de direction ! je suis à Bastille ! On fait comment pour arriver chez toi ?! Je te préviens je n'ai aucun sens de l'orientation !! » La pauvre semblait affolée, on l'eut crue à l'autre bout de la France. « Ne t'inquiète pas, descends à Richard Lenoir... Oui, une seule sortie. Il te suffira de tourner la tête vers la gauche et c'est là : juste en face de toi. Je ne suis pas à plus de vingt mètres du métro, promis. »
« Je vais être le premier alors ? Yees ! » Ron leva le bras en signe de victoire. Oui, le premier en effet. Le premier « mec » de cette série de portraits, le premier gay –ce qui n’a guère d’importance- et surtout le premier homme heureux, le premier à clamer son bonheur de vivre, aux antipodes donc de « la vie elle est pourrie, non ? » de Sandy, les penchants auto-destructeurs habilement dissimilés de Busty, les angoisses de Immature… Pouvait-on être heureux et intéressant, au sens premier du terme ? A mon grand regret la réponse était un « oui » formel et catégorique : la catégorie des gens heureux, aussi étrange qu’éminemment enviable présentait au moins quelques spécimens avec qui il faisait bon parler.
Lorsque j'entendis l'interphone sonner, il était très exactement 15h. « Bonjour c'est Busty ! » Elle s'était annoncée avec une ponctualité de métronome, d'un air vif, enjoué. Et déjà mes premières interrogations. C'est que je connaissais son véritable nom, mais Busty s'était appropriée Busty. Quoi que ce sobriquet puisse évoquer pour elle, il était sien. Lorsque je lui ouvris la porte, elle entra sans hésitation aucune, avec une énergie évidente, chassant l'air autour d'elle comme autant de bulles importunes.
D'emblée, je reconnus dans cet immense personnage gothique un être de ma tribu. Trixy me fit d'ailleurs remarquer la proximité des caves Saint-Sabin dont je hantais volontiers les nuits. Trixy avait une présence formidable contrastant avec ma frêleur vampirique. Je la dévorai du regard tandis qu'elle buvait sa Desperado. Elle portait un t-Shirt noir des Ramones, jupe noire, collant résillés, des boots aux énormes bouts arrondis faisant écho à ses cheveux de jais coupés court encadrant ses grands yeux perchés sur son nez aquilin.
« Désolée je suis en retard ! » Je lui désignai le salon en souriant et elle entra d'un air que je crus décidé. Comme je me trompais. Déjà assise, elle se dandina pour ôter son manteau qu'elle posa juste derrière elle. Immature se construisait là son espace à elle, un univers étriqué, si étroit que je craignais de ne pouvoir y pénétrer, de manquer ainsi le portrait que je voulais faire d'elle. Un silence s'instaura entre nous, un serpent long et sinueux avançant par de subtiles reptations dans une atmosphère accablante.
Chesterfield
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- Category: Portraits
- Created: 24 janvier 2005
- Tu n'as pas 22 ans, tu es bien plus jeune. - Et j'ai quel âge ? Chesterfield me dévorait du regard. - Tu dis être une allumeuse n'est-ce pas ? Hé bien soit, je te le dirai si tu m'embrasses. - Mais je n'embrasse jamais ! me dit-elle d'un air dépité. - Ce serait bien trop simple, lui dis-je en souriant. Tu es libre de m'embrasser où tu le désires : sur le front, le bout du nez, la joue... Rien de sexuel.
J'avais conscience de nous mettre tous deux en danger, de franchir une limite infrangible entre l'observateur et l'observé, mais Chesterfield était loin d'être une jeune fille ordinaire et j'avais toujours l'opportunité d'interrompre le jeu s'il allait trop loin.
- D'accord, mais tu me promets de ne pas bouger !
J'avais conscience de nous mettre tous deux en danger, de franchir une limite infrangible entre l'observateur et l'observé, mais Chesterfield était loin d'être une jeune fille ordinaire et j'avais toujours l'opportunité d'interrompre le jeu s'il allait trop loin.
- D'accord, mais tu me promets de ne pas bouger !
Sandy Lakdar
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- Category: Portraits
- Created: 26 décembre 2004
« Je me suis trompée d'étage ! Je me suis trompée d'étage ! » La première fois que je vis Sandy, elle me fit immédiatement songer au petit lapin blanc d'Alice. À ceci près que notre comédienne -elle a fait le cours Florent- jouait tous les rôles à la fois. Empressée et énergique, sur l'air de « je suis en retard ! je suis en retard ! » sa blondeur platine évoquait celle d'Alice, dont elle eut pu être le portrait moderne : « montée » à Paris il y a de cela trois ans et demi, elle était passée de l'autre coté du miroir, découvrant avec appétit les frasques de la capitale. « Sandy, viens, c'est ici... » Elle se retourna, me fit un sourire éclatant et s'installa dans l'immense canapé de cuir noir après avoir ôté son ravissant blouson. « Monoprix, un modèle de l'année dernière. »