Il existe une conversation qui se tient chaque année dans chaque entreprise, et qui commence toujours de la même façon : « on peut envoyer combien, depuis notre boîte pro ? »
La réponse est publiée. Elle est chiffrée. Elle est beaucoup plus basse que ce que la plupart des gens imaginent, et chez Microsoft elle change le 14 septembre 2026.
L’avertissement qu’il faut lire en premier
Google ouvre sa page de limites par une phrase qui vaut engagement, en creux :
« Sending limits can change without notice. Limits per day are applied over a rolling 24-hour period, not a set time of day. »
Deux informations. Les limites changent sans préavis, donc toute architecture qui repose sur une valeur exacte est fragile. Et la fenêtre glisse : il n’y a pas de remise à zéro à minuit. Un envoi massif à 23 h ne libère rien à minuit une.
C’est le premier malentendu à dissiper, et il coûte régulièrement une journée d’envoi bloquée.
Google Workspace : deux mille, pas plus
Pour un compte payant, la limite quotidienne par utilisateur est de 2 000 messages. Elle tombe à 1 500 pour un publipostage et à 500 pour un compte en période d’essai.
Les autres plafonds sont plus contraignants qu’on ne le croit, parce qu’ils comptent les destinataires et non les messages.
Destinataires par message : 2 000 au total, dont 500 externes au maximum. Destinataires totaux par jour : 10 000. Destinataires externes par jour : 3 000. Destinataires uniques par jour : 3 000, dont 2 000 externes.
Un compte Gmail gratuit, lui, plafonne à 500 messages par jour et 500 destinataires par message. La différence avec un compte professionnel est d’un facteur quatre, pas davantage.
La sanction est décrite sans ambiguïté : « After reaching one of these limits, users can’t send new messages for up to 24 hours. However, they can still access their Google Workspace account, get incoming email, and use their other Google services. »
Un détail de facturation, enfin, que personne ne lit et qui explique bien des surprises en début de contrat : les limites d’un compte converti depuis un essai n’augmentent qu’après un cumul de paiements d’au moins 100 dollars, et « It can take up to 75 days after meeting this payment threshold for account sending limits to increase. »
Le relais SMTP, et pourquoi il compte double
Le relais SMTP de Google est un autre service, avec d’autres limites, et surtout d’autres compteurs.
Chaque utilisateur peut y relayer 10 000 messages par 24 heures, vers 10 000 destinataires uniques au plus. À l’échelle de l’organisation, les plafonds sont de 4,6 millions de destinataires non uniques par 24 heures et 319 444 par fenêtre de dix minutes.
Deux règles techniques méritent d’être notées, parce qu’elles font échouer les intégrations mal écrites.
« There is a 100-recipient limit per SMTP transaction for smtp-relay.gmail.com. Exceeding this limit results in an error message. To send messages to additional recipients, start another transaction. »
Et la règle de comptage, qui n’est pas intuitive : « The per-user recipient limits are for unique recipients. Per-account limits are for total recipients. For example, when a user relays 1,000 messages to Recipient-A and 1,000 messages to Recipient-B, it counts as 2 messages toward the per-user limit and 2,000 toward your account limit. »
Enfin le point qui décide de l’architecture : « The SMTP relay and Gmail user sending limits are independent and counted separately from each other. » Les deux compteurs ne communiquent pas. Une application qui passe par le relais n’entame pas le quota de la boîte.
Microsoft 365 : dix mille, et un plafond de tenant
Chez Microsoft, la limite par boîte aux lettres est de 10 000 destinataires par jour, avec un débit maximal de 30 messages par minute et une limite de destinataires par message réglable de 1 à 1 000, à 500 par défaut.
Microsoft ferme la porte à toute négociation : « The recipient rate limit and message rate limit are hard limits enforced at the service level and can’t be increased. »
Et il précise, dans un encadré que l’on gagnerait à afficher dans les salles de réunion :
« Exchange Online customers who need to send legitimate bulk commercial email (for example, customer newsletters) should use third-party providers that specialize in these services. »
L’éditeur de votre messagerie professionnelle vous dit lui-même de ne pas y faire d’emailing. Ce n’est pas une opinion de consultant, c’est une note dans sa propre documentation.
Le plafond de tenant, et sa formule
Depuis 2025, une seconde limite s’applique, au niveau de l’organisation entière : le Tenant External Recipient Rate Limit.
« The Tenant External Recipient Rate Limit (TERRL) is the maximum number of external recipients a tenant can send to per day (24-hour sliding window). External recipients are those whose email address domains aren’t an accepted domain in the tenant. This limit depends on the number of licenses a tenant has. »
La formule est publiée, et elle est instructive :
500 × (nombre de licences)^0,7 + 9 500
L’exposant 0,7 signifie que le plafond croît moins vite que vos effectifs. Une licence donne 10 000 destinataires externes par jour. Cent licences en donnent 22 059, pas un million. Mille licences en donnent 72 446.
Autrement dit : acheter des licences pour acheter du volume d’envoi est un très mauvais calcul, et Microsoft l’a rendu mathématiquement vrai.
Les tenants récents sont bridés davantage : 10 % du quota calculé pendant les trente premiers jours, 25 % jusqu’à soixante jours, 100 % ensuite.
Les rejets associés sont documentés : 550 5.7.232 pour un tenant d’essai, 550 5.7.233 pour les autres. Et un plafond spécifique frappe les domaines par défaut : « Outbound mail from these domains is limited to 100 external recipients per organization within a 24-hour rolling window », avec le code 550 5.7.236. Cent destinataires externes par jour pour l’ensemble de l’organisation, si vous envoyez depuis votre domaine onmicrosoft.com.
Ce qui change le 14 septembre 2026
Microsoft a ajouté le 13 août 2026 une mise à jour à son annonce d’origine :
« To further strengthen protection against abuse and ensure fair use of Exchange Online resources, we are updating how the Tenant External Recipient Rate Limit (TERRL) quota is calculated for certain tenants. These changes will begin rolling out starting September 14, 2026. »
Le déploiement reste par ailleurs suspendu pour les environnements GCC, GCC High, DoD et 21Vianet.
Signalons une incohérence que Microsoft n’a pas tranchée : sur les tenants d’essai, son blog annonce 500 destinataires externes par jour, ses pages de documentation en annoncent 5 000. Deux sources du même éditeur, deux chiffres. Nous ne trancherons pas à sa place.
Ce que vous faites demain matin
Comptez ce que vous envoyez réellement, sur sept jours glissants, en destinataires externes et non en messages. C’est l’unité que comptent les deux opérateurs, et c’est presque jamais celle que suivent les tableaux de bord internes.
Si vous approchez de la moitié d’un plafond, vous n’avez pas un problème de volume : vous avez un problème d’architecture. Une messagerie professionnelle sert à correspondre, pas à diffuser, et les deux éditeurs le disent chacun à leur manière.
Si vous êtes sur Microsoft 365 et que vos envois externes sont significatifs, regardez votre TERRL dans le rapport dédié du centre d’administration avant le 14 septembre. La formule change pour certains tenants, et vous préférerez le découvrir dans un rapport que dans un 550 5.7.233.
Et si vous envoyez encore depuis un domaine onmicrosoft.com, la limite de cent destinataires externes par jour n’est pas un incident à diagnostiquer. C’est la réponse.
Sources
- Google. Gmail sending limits in Google Workspace, Google Workspace Admin Help
- Google. Limits for sending & getting mail, Gmail Help
- Google. Send email from a printer, scanner, or app, Google Workspace Admin Help
- Microsoft (mise à jour le 7 avril 2026). Exchange Online limits, Microsoft Learn
- Microsoft (24 février 2025, mis à jour le 13 août 2026). Introducing Exchange Online Tenant Outbound Email Limits, Exchange Team Blog
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