Vous surveillez si l’IA parle de vous. C’est la bonne inquiétude, mais dans le mauvais ordre.
Toute l’industrie du GEO est construite autour d’une seule question : comment être cité. Les outils comptent les mentions, les rapports affichent des parts de voix, les prestations promettent de la visibilité. L’hypothèse implicite est qu’une citation est un gain, et qu’il faut donc en obtenir davantage.
Le problème n’est pas d’être absent des réponses. Le problème est d’y être présent de travers.
Et ce n’est pas un risque théorique. C’est une propriété mesurée du système, à des échelles qui ne laissent guère de place au doute.
La mesure la plus large disponible
Un travail publié le 27 mai 2026, sous l’acronyme CITETRACE, constitue la mesure la plus étendue du phénomène.
Son échelle : 11 200 requêtes réelles issues de vingt huit communautés en ligne, 112 000 réponses produites par dix modèles provenant de cinq fournisseurs différents, et 761 495 paires de citations évaluables, notées selon une grille à trois dimensions validée par des experts.
Marquage de provenance : préprint arXiv, sans relecture par les pairs, mais avec protocole publié et échelle sans équivalent dans le corpus commercial.
Trois résultats.
30,6 % des citations déforment leur source. Le lien existe, la source existe, elle est même souvent pertinente, mais ce que la réponse lui fait dire n’est pas ce qu’elle dit.
27,1 % proviennent de sources inadaptées au domaine. Une question médicale répondue en citant un forum, une question juridique répondue en citant un blog d’entreprise.
Et jusqu’à 96 % des utilisateurs rencontrent au moins une citation structurellement trompeuse dans une réponse donnée.
Le quatrième résultat est le plus utile stratégiquement, et il est passé inaperçu : entre 88 et 96 % de la variance de qualité s’explique par le fournisseur, pas par le modèle. Autrement dit, la fiabilité des citations est une décision d’architecture de plateforme, pas une propriété du modèle sous jacent. Vous ne pouvez rien y faire. Mais vous pouvez savoir quelle plateforme vous dessert.
Ce n’est pas nouveau, et c’était déjà mesuré avant le GEO
Le premier travail sérieux sur le sujet est antérieur au papier fondateur du GEO. Publié en 2023 et présenté en conférence avec relecture par les pairs, ce qui en fait la source la plus solide de ce dossier, il évalue par jugement humain quatre moteurs génératifs de l’époque.
Ses résultats : 51,5 % des phrases générées sont entièrement soutenues par leurs citations, et 74,5 % des citations soutiennent effectivement la phrase à laquelle elles sont rattachées.
Une phrase sur deux. En 2023, avant que quiconque vende du GEO.
Il faut mesurer ce que cela signifie pour le marché : l’industrie s’est construite sur l’objectif d’être cité par des systèmes dont, à leur naissance, la moitié des affirmations n’étaient pas soutenues par la source affichée à côté.
Ce que trouvent les audits journalistiques
Deux travaux menés par des institutions de presse ajoutent une dimension que les études techniques ne captent pas : la nature des erreurs.
Le Tow Center for Digital Journalism, à Columbia, a testé en mars 2025 huit outils sur vingt éditeurs aux politiques d’accès contrastées, à raison de dix articles chacun, soit 200 requêtes vérifiées manuellement.
Résultat principal : plus de 60 % de citations incorrectes, avec un écart considérable selon l’outil, de 37 % pour le meilleur à 94 % pour le pire. Et une observation contre intuitive : les versions payantes sont plus confiantes dans l’erreur que les versions gratuites. Elles se trompent avec moins de réserves.
Quatre constats de ce rapport sont sous exploités et devraient inquiéter tout éditeur de contenu.
Plusieurs outils semblent contourner les instructions du fichier robots.txt. Ils fabriquent des URL qui n’existent pas. Ils citent des versions syndiquées ou recopiées plutôt que l’original, ce qui envoie le crédit ailleurs que chez vous. Et surtout : les accords de licence ne garantissent aucune citation correcte. Payer pour être une source partenaire ne protège pas de la déformation.
Le second travail, mené conjointement par l’Union européenne de radio télévision et la BBC en octobre 2025, porte sur 3 000 réponses évaluées dans quatorze langues sur quatre assistants.
45 % des réponses contiennent au moins un problème significatif. 81 % contiennent un problème quelconque. Le sourcing est la première cause, présent dans 31 % des réponses sous forme d’attributions manquantes, trompeuses ou fausses. Un assistant se détache nettement par le bas, avec 76 % de réponses problématiques.
Ce qui nuance le tableau
Un article honnête cherche aussi les mesures plus basses. En voici une.
Un audit publié en avril 2026 porte sur 11 943 paires affirmation source en contexte multimodal, évaluées par trois juges automatiques indépendants présentant 87,7 % d’accord entre eux, eux mêmes validés contre des annotations humaines.
Son taux d’affirmations non soutenues va de 3,7 % à 18,7 % selon le domaine. Nettement en dessous des chiffres précédents.
Et son mode d’échec dominant est instructif : ce n’est pas la contradiction frontale, c’est la spécificité invérifiable. Le système injecte un détail précis, tiré de sa mémoire interne, tout en citant une source qui ne contient pas ce détail. L’erreur n’est pas visible à la lecture. Elle est visible seulement si l’on ouvre la source, ce que fait environ un lecteur sur cent.
Les taux, côte à côte
| Étude | Échelle | Ce qui est mesuré | Taux |
|---|---|---|---|
| Stanford, 2023, relu par les pairs | 4 moteurs, jugement humain | Phrases entièrement soutenues | 51,5 % seulement |
| Tow Center, mars 2025 | 8 outils, 200 requêtes vérifiées à la main | Citations incorrectes | plus de 60 % |
| EBU / BBC, oct. 2025 | 3 000 réponses, 14 langues | Réponses avec problème significatif | 45 % |
| CITETRACE, mai 2026 | 761 495 paires de citations | Citations déformant leur source | 30,6 % |
| Audit multimodal, avril 2026 | 11 943 paires | Affirmations non soutenues | 3,7 % à 18,7 % |
Les taux varient selon ce qu’on mesure et comment. Aucun n’est proche de zéro. Le plus favorable, sur le périmètre le plus étroit, laisse une affirmation sur cinq sans support dans le pire domaine testé.
Ce que cela produit concrètement pour une marque
Les erreurs qui vous concernent ne ressemblent pas à des hallucinations spectaculaires. Elles sont banales, plausibles, et coûteuses.
Un tarif obsolète, repris d’une page archivée, présenté comme actuel. Une offre que vous avez arrêtée, toujours décrite comme disponible. Un avis client de 2019 tiré d’un forum, cité comme un fait établi sur votre service. Une caractéristique technique attribuée à votre produit alors qu’elle appartient à celui d’un concurrent, ou l’inverse. Une version syndiquée de votre propre article citée à la place de l’original, ce qui envoie la caution à un tiers.
Aucune de ces erreurs ne déclenche d’alerte. Aucune n’apparaît dans un tableau de bord de part de voix, qui compte les mentions sans les lire.
Ce que vous faites demain matin
Vous ne pouvez pas corriger un modèle. Vous pouvez réduire la surface d’erreur, et quatre actions ont un effet plausible.
Publiez des pages de faits canoniques, datées. Tarifs, périmètre de l’offre, caractéristiques, avec une date de mise à jour visible. La cohérence et l’horodatage récent figurent parmi les rares facteurs dont les études de citation indiquent un effet consistant.
Nettoyez les sources tierces avant votre propre site. Les annuaires, les comparatifs, les fiches partenaires qui portent encore une ancienne version de votre offre. Ce sont elles qui alimentent la déformation, et elles pèsent plus lourd que vos pages.
Vérifiez vous même, plusieurs fois. Posez vos dix questions de catégorie sur chaque plateforme, en variant la formulation, et lisez ce qui est dit de vous. Pas le compte de mentions : le contenu. Une mesure unique ne vaut rien.
Identifiez la plateforme qui vous dessert le plus. Puisque la qualité dépend à 88 ou 96 % du fournisseur, l’écart entre plateformes sera plus grand que l’écart entre vos actions. Cela oriente où porter une demande de correction.
Le secteur vous vend une part de voix. Ce que vous devriez acheter, c’est un contrôle d’exactitude. Une mention fausse coûte plus cher qu’une absence, et personne ne la facture comme un risque.
Sources
- Seo, Y., Jeong, W., Kim, E., Jang, H. & Lee, D. (2026). Verified Misguidance: Measuring Structural Citation Failures in Search-Augmented LLMs, arXiv:2605.28565
- Liu, N. F., Zhang, T. & Liang, P. (2023). Evaluating Verifiability in Generative Search Engines, arXiv:2304.09848
- Jaźwińska, K. & Chandrasekar, A. (2025). AI Search Has a Citation Problem, Tow Center for Digital Journalism, Columbia
- European Broadcasting Union & BBC (2025). AI assistants misrepresent news content 45% of the time
- Samieyan Sahneh, E. & Aiello, L. M. (2026). Auditing the Reliability of Multimodal Generative Search, arXiv:2604.00944
- Vishwakarma, R., Kumar, S. & Jamidar, R. (2026). What Gets Cited: Competitive GEO in AI Answer Engines, arXiv:2605.25517
<strong>LaFactory</strong> mesure la visibilité IA avec un protocole publié : mesures répétées, paraphrases, groupe de contrôle. Pas de position garantie, jamais. Contactez nous pour cadrer un audit.