Vous envoyez une campagne. Trente secondes plus tard, le tableau de bord affiche déjà des clics.
Personne n’a lu quoi que ce soit. Ce sont des machines, et leur éditeur le documente.
Ce que fait Microsoft à vos liens
Safe Links est le composant de Microsoft Defender qui protège les utilisateurs d’Outlook contre les liens malveillants. Sa page officielle décrit deux moments distincts, et c’est le premier qui nous intéresse :
« As long as Safe Links protection is turned on, URLs are scanned prior to message delivery, regardless of whether the URLs are rewritten or not. If rewriting is enabled, links are scanned on click. »
Avant la livraison. Pas au clic : avant que le message n’atteigne la boîte.
La documentation de la pile de protection est plus explicite encore sur ce qui se passe alors :
« URL Detonation happens when upstream anti-phishing technology finds a message or URL to be suspicious. URL detonation sandboxes the URLs in the message at the time of delivery. »
Faire détoner une URL, c’est l’ouvrir. Dans un environnement isolé, mais l’ouvrir : la requête HTTP part, votre serveur de tracking la reçoit, et votre outil enregistre un clic.
L’aveu, dans la documentation de Microsoft
La preuve la plus nette ne se trouve pas dans les pages produit, mais dans la foire aux questions de l’outil de simulation d’attaques. Le titre de la section est une question que des milliers d’administrateurs ont dû poser :
« I see clicks or compromise events from users who insist they didn’t click the link in the simulation message OR I see clicks within a few seconds of delivery for many users (false positives). What’s going on? »
La réponse énumère les coupables : compléments Outlook qui inspectent le message, applications de sécurité de la messagerie, antivirus, automatismes de réponse à incident.
Et Microsoft donne le critère de reconnaissance, qui vaut méthode :
« If a click occurred a few seconds after delivery, and the IP address doesn’t belong to Microsoft, your company, or the user, then it’s likely that a non-Microsoft filtering system or another service intercepted the message. »
Enfin, cette phrase, qui règle la question pour son propre outillage :
« Each URL in the simulation email is tied to an individual user, so Safe Links detonations are identified as clicks by the user. »
Les détonations de Safe Links sont comptées comme des clics de l’utilisateur. C’est l’éditeur qui l’écrit, à propos de son propre produit.
Du côté des ouvertures, la question est déjà tranchée
Le pixel de suivi a subi le même sort, mais plus tôt et plus complètement.
Apple décrit le comportement de son client de messagerie sans ambiguïté :
« Rather than only downloading remote content when you open an email, Protect Mail Activity downloads remote content in the background by default, regardless of whether you engage with the email. »
Et pour rendre toute correction impossible, le contenu transite par deux relais successifs opérés par des entités différentes, de sorte qu’aucune ne connaisse à la fois l’adresse IP du destinataire et le contenu consulté.
Google, de son côté, ne bloque pas les images : il les sert depuis ses propres serveurs, après analyse. Sa page d’aide écrit que « Google scans images for signs of suspicious content before you receive them ».
Avant réception, là encore. C’est pourquoi le taux d’ouverture ne mesure plus rien depuis juin 2021.
Combien, exactement ?
Personne ne le publie.
Aucune page de Microsoft, de Google ou d’Apple ne chiffre la part des clics ou des ouvertures produits par une machine. Microsoft décrit le phénomène en détail et ne le quantifie jamais.
Il existe un seul chiffre en circulation, et il faut savoir d’où il vient. Le M3AAWG, dans un document de novembre 2020 consacré aux interactions non humaines, écrit ceci à propos du B2B :
« Data collected but not published show that overall impact was found to be between 20–80%. »
« Data collected but not published. » Les auteurs eux-mêmes annoncent que la donnée sous-jacente n’est pas publiée. Une fourchette de 20 à 80 % n’est d’ailleurs pas une mesure, c’est un aveu d’ignorance mis en chiffres.
Le même document explique pourquoi la mesure exacte est hors d’atteinte : « It is hard to quantify a summary effect, as most filter agents and ISPs work to mask detection. This is necessary to ensure filters are not circumvented. »
Les filtres se cachent, parce qu’un filtre repérable est un filtre contournable. L’imprécision n’est pas un défaut du dispositif : elle en est une propriété voulue.
Nous en resterons donc là. Le mécanisme est documenté par les éditeurs, son ampleur ne l’est pas, et nous n’allons pas inventer un pourcentage pour combler le trou.
Ce qui reste mesurable
Trois signaux résistent, parce qu’aucune machine ne les produit.
Le désabonnement. Un robot de sécurité n’annule pas un abonnement, et le désabonnement en un clic laisse une trace protocolaire nette.
La plainte. Aucun filtre ne clique sur le bouton indésirable à la place de l’utilisateur. C’est d’ailleurs pour cela que ce chiffre sert de seuil chez les opérateurs.
La conversion. Un formulaire rempli, une commande passée, une réponse écrite : cela se produit après le clic, et les scanners ne vont pas jusque-là.
Ces trois signaux ont un point commun : ils sont beaucoup plus bas que les taux d’ouverture et de clic, et beaucoup moins agréables à présenter. C’est exactement ce qui les rend fiables.
Ce que vous faites demain matin
Ouvrez le détail horodaté des clics de votre dernière campagne, et regardez la première minute. Une concentration de clics dans les secondes qui suivent l’envoi n’est pas un succès : c’est votre liste de destinataires protégés par un filtre.
Comparez ensuite deux segments : vos destinataires en messagerie d’entreprise et vos destinataires en messagerie grand public. Si le taux de clic du premier segment dépasse largement celui du second, vous ne mesurez pas l’intérêt de professionnels. Vous mesurez la densité de leurs dispositifs de sécurité.
Enfin, changez ce que vous présentez. Un rapport qui met en tête l’ouverture et le clic décrit le comportement de machines. Un rapport qui met en tête les désabonnements, les plaintes et les conversions décrit celui de personnes.
Le second est moins flatteur. C’est le seul qui permette de décider quoi que ce soit.
Sources
- Microsoft (mise à jour le 22 mai 2026). Safe Links in Microsoft Defender for Office 365, Microsoft Learn
- Microsoft (mise à jour le 30 juillet 2026). Attack simulation training FAQ, Microsoft Learn
- Microsoft (mise à jour le 7 juillet 2025). Protection stack in Microsoft Defender for Office 365, Microsoft Learn
- Apple (12 décembre 2025). Mail Privacy Protection
- Google. Images in Gmail, Gmail Help
- M3AAWG (novembre 2020). Exploring the Impact of Nonhuman Interactions on Email Send Metrics
LaFactory travaille l’emailing sur pièces : en-têtes, enregistrements DNS, journaux de rejet. Aucune promesse de taux d’ouverture, jamais. Contactez-nous pour un audit de délivrabilité.
