La recommandation circule partout : séparez vos flux d’envoi par sous-domaine. Un pour les factures, un pour les newsletters, un pour la prospection.
Elle a une source primaire, ce qui est assez rare pour être signalé. Elle a aussi une condition, presque toujours omise, qui la rend nuisible pour la majorité des entreprises qui l’appliquent.
Ce que recommande le M3AAWG
Le document s’intitule Sending Domains Best Common Practices, il date d’octobre 2019, et il est signé par l’organisme qui réunit les opérateurs de messagerie. Sa recommandation est nette :
« It is strongly recommended that senders assign a separate subdomain of the main domain name for each distinct sending purpose. »
Le motif est donné juste avant :
« Receivers request (and may require) that different types of email traffic be separated when possible, distinguishing between, for example, bulk marketing, one-to-one prospection, transactions (welcome, order confirmation, etc.), monthly statements, and the like. […] These separations all require distinct subdomains, and in certain cases distinct IP addresses, too. »
Le raisonnement est solide. Une réputation se construit sur un comportement. Une facture et une promotion n’ont pas le même comportement : la première est ouverte, jamais signalée, jamais désabonnée ; la seconde subit un taux de plainte non nul par nature. Les mélanger revient à faire porter à la facture le passif de la promotion.
Le document donne même les noms : offers.mabrand.com pour le marketing, info.mabrand.com pour le transactionnel. Avec cette précision : « The subdomain name should be relevant to the type of email traffic sent to avoid confusion for both the recipient and the filtering system (which may include people-based review, so « words matter »). »
La condition que personne ne cite
Elle se trouve à la fin de la même section, et elle change tout :
« Segmentation decisions should, however, be made in such a way that each segment can create and grow its own reputation, which requires sufficient and relatively consistent traffic volume. Lapses in sending or major fluctuations in traffic volume can impact both forming and sustaining sending reputation. »
Chaque segment doit pouvoir se construire sa propre réputation. Ce qui suppose un volume suffisant et régulier. Sur chaque segment.
Une entreprise qui envoie trois mille messages par mois et qui les répartit sur trois sous-domaines n’a pas créé trois réputations. Elle a créé trois signaux trop faibles pour être interprétés, là où elle en avait un seul, faible mais lisible.
Et le M3AAWG le dit explicitement, dans la phrase que les guides recopient le moins :
« Especially for bulk sending, using distinct subdomains is industry best practice. However, for smaller volumes of email, it is acceptable to use different local parts of the sender address. »
Pour de petits volumes, changer la partie gauche de l’adresse suffit. factures@mabrand.com et lettre@mabrand.com, un seul domaine, une seule réputation, une seule authentification à maintenir.
Cette phrase économise, à elle seule, des semaines de travail à des milliers d’entreprises.
Le coût réel de la séparation
Il n’est pas dans la création du sous-domaine, qui prend cinq minutes. Il est dans tout ce qui suit.
Chaque sous-domaine a besoin de son propre enregistrement SPF, avec ses propres inclusions, et son propre budget de dix requêtes DNS. Chaque sous-domaine a besoin de sa propre clé DKIM. Le M3AAWG le recommande d’ailleurs : « It is best practice for each sending subdomain to send using a different selector. »
Chaque sous-domaine part de zéro en réputation, y compris sous un domaine principal ancien et bien établi. Le M3AAWG est formel : « When sending from a new subdomain, to be safe, domain warming is recommended even if the organizational level domain already has an established reputation. » Et le préchauffage n’a pas de calendrier publié.
Chaque sous-domaine doit être couvert par votre politique DMARC, ce qui interdit la facilité du sp=none. Si votre politique de sous-domaine est permissive, vous avez multiplié les portes d’entrée à votre nom.
Trois sous-domaines, ce sont trois fois ces quatre chantiers, à maintenir dans le temps, avec des rotations de clés et des changements de prestataires.
Une liberté que la plupart ignorent
Le document règle au passage une objection commerciale récurrente, celle du service marketing qui refuse de voir offers.mabrand.com s’afficher dans la boîte du client :
« It should be noted that sending from different subdomains does not mean that the visible From: must also use the subdomain, so long as the organizational domains in each match. »
Vous pouvez donc signer et expédier techniquement depuis un sous-domaine, tout en affichant une adresse d’expéditeur sur le domaine principal, à condition que le domaine organisationnel soit le même de part et d’autre. C’est l’alignement relâché que DMARC autorise par défaut.
Le document ajoute une réserve de bon sens : « Senders should, however, have access to the inbox specified in the visible From:. » L’adresse affichée doit recevoir les réponses, et quelqu’un doit les lire.
Ce que les opérateurs en disent, eux
Google ne recommande nulle part de séparer par sous-domaine. Il recommande de séparer par adresse IP, ce qui n’est pas la même décision :
« Ideally, send all messages from the same IP address. If you must send from multiple IP addresses, use a different IP address for each message type. For example, use one IP address for sending account notifications and a different IP address for sending promotional messages. »
Notez l’ordre des priorités : idéalement une seule IP. La séparation n’arrive qu’en second, si vous devez.
Et Google ferme définitivement une porte que beaucoup espèrent ouvrir avec les sous-domaines : les envois d’un domaine et de ses sous-domaines s’additionnent pour le calcul du seuil des expéditeurs groupés. Découper ses envois ne fait pas passer sous les cinq mille.
Ce que vous faites demain matin
Comptez vos envois mensuels par type de message. Pas votre base, vos envois réels.
Si l’un de vos flux n’atteint pas quelques milliers de messages par mois, de manière régulière, ne lui donnez pas de sous-domaine. Donnez-lui une adresse d’expéditeur distincte sur le domaine principal, et gardez une seule réputation à surveiller. C’est le M3AAWG qui l’autorise, pas une facilité.
Si vos flux sont volumineux et de nature vraiment différente, séparez, mais séparez en entier : un sous-domaine, un sélecteur DKIM, un enregistrement SPF, une politique DMARC héritée, et un préchauffage propre. Une séparation à moitié faite est pire que pas de séparation du tout, parce qu’elle divise le volume sans isoler la réputation.
Et si l’on vous propose de séparer vos flux pour « protéger le domaine principal » de votre prospection, écoutez bien le mot protéger. Il désigne souvent l’idée de sacrifier un domaine jetable, ce qui n’est pas une architecture de délivrabilité mais une pratique que le même organisme range parmi les abus.
Sources
- M3AAWG (octobre 2019). M3AAWG Sending Domains Best Common Practices
- M3AAWG (version 4.0, août 2026). M3AAWG Sender Best Common Practices
- Google. Email sender guidelines, Google Workspace Admin Help
- Google. Email sender guidelines FAQ, Google Workspace Admin Help
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